Vous ressentez une douleur qui part du dos et descend dans la jambe ? Des fourmillements ou une sensation de choc électrique dans le bras ? Pas de panique.
Ce guide vous aide à comprendre ce qu’est un conflit radiculaire et comment le reconnaître.
Qu’est-ce qu’un conflit radiculaire ou radiculopathie ?
Pour bien comprendre, il faut décomposer le mot. « Radiculo » veut dire « racine » et « pathie » veut dire « maladie ». Un conflit radiculaire, aussi appelé radiculopathie, est donc une « maladie de la racine nerveuse ».
En simple, c’est une atteinte d’une racine nerveuse, souvent parce qu’elle est comprimée ou irritée. Cette compression entraîne un blocage de la conduction nerveuse le long du nerf. Le message ne passe plus correctement, ce qui cause les symptômes.
Définition : une « maladie de la racine » nerveuse
Il faut faire une petite différence entre deux termes :
- La douleur radiculaire : C’est la douleur que vous ressentez. Elle est due à des décharges électriques anormales qui partent de la racine nerveuse irritée.
- La radiculopathie : C’est la perte de fonction du nerf. Ça se traduit par une perte de sensibilité, une faiblesse musculaire ou une diminution des réflexes.
On peut avoir l’un sans l’autre, mais souvent, les deux vont ensemble. Le terme « conflit disco-radiculaire » est aussi utilisé quand la cause est un disque intervertébral qui appuie sur la racine.
Anatomie : où se situe le problème ?
Le corps humain possède 31 paires de racines nerveuses. Une racine nerveuse est le point de départ d’un nerf qui sort de la moelle épinière, protégée par la colonne vertébrale.
Chaque racine est composée de deux parties :
- Une racine sensitive : elle transmet les informations comme le toucher, la douleur ou la température depuis le corps vers le cerveau.
- Une racine motrice : elle envoie les ordres du cerveau vers les muscles pour qu’ils se contractent.
Quand une racine est comprimée, ces deux fonctions peuvent être touchées. C’est pour ça qu’on peut avoir à la fois des douleurs et une faiblesse musculaire.
Les zones les plus touchées : rachis cervical et lombaire
Le conflit radiculaire peut arriver n’importe où le long de la colonne, mais deux zones sont bien plus fréquentes :
- Le rachis cervical (le cou) : La radiculopathie cervicale touche les racines nerveuses qui vont vers les bras et les mains. Les racines les plus souvent atteintes sont C5, C6, C7 et C8.
- Le rachis lombaire (le bas du dos) : La radiculopathie lombaire affecte les racines qui contrôlent les membres inférieurs. C’est là que l’on trouve les fameuses sciatiques ou cruralgies.
Pour la radiculopathie lombaire due à une hernie discale, la localisation est très précise :
- 45% des cas concernent le disque entre les vertèbres L4 et L5 (comprimant la racine L5).
- 45% des cas concernent le disque entre les vertèbres L5 et S1 (comprimant la racine S1).
Les autres niveaux lombaires sont beaucoup plus rares.
Quelles sont les causes d’un conflit radiculaire ?
La compression d’une racine nerveuse peut avoir plusieurs origines. Mais une cause est de loin la plus fréquente.
La cause principale : la hernie discale
Dans environ 90% des cas de douleurs radiculaires dans le bas du dos, la cause est une hernie discale. Un disque intervertébral est une sorte de coussinet entre deux vertèbres.
Avec le temps ou suite à un effort, la partie molle du disque (le noyau) peut sortir de son enveloppe. Cette « protrusion » vient alors appuyer directement sur la racine nerveuse qui passe juste à côté. C’est ce qu’on appelle un conflit disco-radiculaire.
Les causes mécaniques et dégénératives
Le vieillissement naturel de la colonne vertébrale est aussi une cause fréquente. Avec l’âge, les structures s’usent, ce qui peut pincer une racine. Les causes incluent :
- L’arthrose : des déformations osseuses (becs de perroquet) peuvent se former et réduire l’espace pour les nerfs.
- La sténose du canal : c’est un rétrécissement de l’espace où passent les nerfs, souvent dû à l’épaississement des ligaments ou à l’arthrose.
- Le vieillissement des disques : même sans hernie, un disque qui s’affaisse peut réduire l’espace de sortie de la racine.
- La polyarthrite rhumatoïde peut aussi causer des déformations.
Les autres causes possibles
D’autres causes, plus rares, existent. Il est important de les connaître pour poser le bon diagnostic. On peut trouver :
- Des traumatismes : un accident de voiture avec « coup du lapin » (whiplash) peut provoquer un conflit radiculaire cervical.
- Des infections : le zona, la maladie de Lyme, la tuberculose ou des abcès peuvent enflammer et comprimer une racine.
- Des tumeurs : une tumeur (bénigne ou maligne) peut se développer et appuyer sur une racine nerveuse.
- Des kystes synoviaux : de petites poches de liquide peuvent se former près des articulations de la colonne et comprimer un nerf.
- Le diabète : il peut abîmer les petits vaisseaux sanguins qui nourrissent les nerfs, provoquant une radiculopathie.
Comment reconnaître les symptômes d’un conflit radiculaire ?
Les symptômes varient selon la racine touchée et le niveau de compression. Mais certains signes sont très caractéristiques.
Les symptômes généraux d’une compression nerveuse
Le signe le plus courant est une douleur qui irradie. C’est une douleur qui suit un trajet nerveux très précis, comme un fil électrique. Ce trajet correspond au territoire de la racine nerveuse comprimée (le dermatome).
Les sensations typiques sont :
- Une douleur de type brûlure, décharge électrique ou choc électrique.
- Des paresthésies : ce sont des sensations anormales comme des engourdissements, des fourmillements ou des picotements.
- Une faiblesse des muscles commandés par la racine touchée. Vous pouvez avoir du mal à lever le bras ou la jambe, ou sentir que vous manquez de force.
- Une diminution ou une perte des réflexes. C’est quelque chose que le médecin teste avec son marteau.
Généralement, les symptômes ne touchent qu’un seul côté du corps. Ils peuvent aussi être aggravés par certains mouvements, la toux ou les éternuements, car cela augmente la pression sur la racine.
Les symptômes spécifiques selon la zone touchée
Les symptômes sont très différents si le conflit est au niveau du cou ou du bas du dos.
Pour une radiculopathie cervicale, vous ressentirez :
- Des douleurs au cou (cervicalgie) qui descendent dans l’épaule, le bras, l’avant-bras et parfois jusqu’aux doigts.
- Des engourdissements ou fourmillements dans le bras et la main.
Pour une radiculopathie lombaire, les symptômes touchent les membres inférieurs :
- Des douleurs dans le bas du dos qui irradient dans la fesse, la cuisse, la jambe et jusqu’au pied.
- On parle de sciatalgie (ou sciatique) si la douleur suit le trajet du nerf sciatique (arrière de la jambe), ou de cruralgie si elle suit le nerf crural (avant de la cuisse).
- Une perte de sensibilité ou une faiblesse dans la jambe ou le pied.
Le syndrome de la queue de cheval : un signe d’urgence
Dans de très rares cas, une grosse hernie discale lombaire peut comprimer plusieurs racines nerveuses à la fois. C’est le syndrome de la queue de cheval, et c’est une urgence chirurgicale.
Attention : consultez les urgences immédiatement si vous avez :
- Une douleur ou une faiblesse dans les deux jambes en même temps.
- Des troubles sphinctériens : une difficulté à uriner, une perte de contrôle des urines ou des selles (incontinence).
- Une perte de sensibilité au niveau du périnée (la zone entre les jambes).
- Des troubles sexuels d’apparition soudaine.
Comment le diagnostic est-il posé ?
Pour confirmer un conflit radiculaire, le médecin suit plusieurs étapes. Le but est de trouver quelle racine est touchée et pourquoi.
L’examen clinique et l’interrogatoire
La première étape est de vous écouter. Le médecin va vous poser des questions précises sur vos symptômes : où est la douleur, quel type de sensation, ce qui l’aggrave, etc. C’est l’anamnèse.
Ensuite, il réalise un examen neurologique complet. Il va tester :
- Votre force musculaire dans les bras et les jambes.
- Votre sensibilité au toucher et à la piqûre sur différents territoires de la peau (les dermatomes).
- Vos réflexes ostéotendineux avec un marteau à réflexes.
Les tests physiques spécifiques
Le médecin peut aussi faire des tests orthopédiques pour provoquer la douleur et confirmer l’irritation de la racine. Ces manœuvres mettent le nerf en tension.
Les tests les plus connus sont :
- Le test de Lasègue (ou SLR) : allongé sur le dos, le médecin lève votre jambe tendue. Si cela déclenche la douleur dans la jambe, le test est positif.
- Le Slump Test (test d’affaissement) : assis, vous devez vous pencher en avant et tendre la jambe pour étirer les nerfs.
- Le Bowstring Test (test de la corde d’arc) : il complète le test de Lasègue en appuyant sur le nerf derrière le genou.
L’imagerie médicale pour confirmer
Si l’examen clinique pointe vers un conflit radiculaire, des examens d’imagerie sont souvent nécessaires pour voir la cause de la compression.
- L’IRM (Imagerie par Résonance Magnétique) est l’examen de référence. Elle montre très bien les tissus mous comme les disques intervertébraux et les racines nerveuses.
- Le scanner (ou TDM) est une autre option. Il est très bon pour voir les os et peut aussi montrer une hernie discale.
La myélographie, un examen plus ancien avec injection de produit de contraste, n’est utilisée que si l’IRM est impossible.
Les examens complémentaires
Parfois, le diagnostic n’est pas clair. D’autres examens peuvent être demandés :
- Des tests électrophysiologiques (EMG) : ils mesurent la vitesse de conduction du courant électrique dans les nerfs pour voir s’il y a un blocage.
- Une analyse du liquide céphalo-rachidien (par ponction lombaire) si on suspecte une cause infectieuse ou inflammatoire.
- Une prise de sang pour chercher un diabète ou une infection.
Quels sont les traitements pour un conflit radiculaire ?
La prise en charge vise d’abord à soulager la douleur et à améliorer la fonction. La chirurgie n’est envisagée qu’en dernier recours. La plupart des gens vont mieux avec des traitements conservateurs.
Le traitement médical de la douleur
Pour calmer la douleur, surtout en phase aiguë, plusieurs médicaments peuvent être prescrits :
- Les antalgiques comme le paracétamol.
- Les Anti-Inflammatoires Non Stéroïdiens (AINS) si l’inflammation est importante.
- Les corticostéroïdes : par voie orale sur une courte durée ou en injections épidurales. L’injection amène le produit anti-inflammatoire directement au contact de la racine nerveuse irritée.
- Les opioïdes peuvent être utilisés pour une douleur très intense, mais sur une période très courte.
Si la douleur devient chronique, d’autres médicaments comme certains antidépresseurs ou antiépileptiques sont plus efficaces.
La physiothérapie : une approche centrale et efficace
La physiothérapie (kinésithérapie) est au cœur du traitement. Le but n’est pas de rester immobile, au contraire. Un kinésithérapeute vous aidera avec :
- La thérapie manuelle pour mobiliser les articulations de la colonne.
- Des exercices personnalisés pour renforcer les muscles qui stabilisent le dos et le cou (comme la Méthode McKenzie).
- La mobilisation neuronale : des techniques douces pour faire « glisser » le nerf et le libérer des adhérences.
Le conseil le plus important est de rester aussi actif que possible, en adaptant ses activités pour ne pas déclencher la douleur aiguë.
Les approches complémentaires
D’autres approches peuvent aider à gérer la douleur et à améliorer le bien-être :
- Le yoga thérapeutique ou le Pilates pour améliorer la souplesse et le renforcement.
- La méditation de pleine conscience pour mieux gérer la douleur.
- L’acupuncture.
- La neurostimulation électrique transcutanée (TENS), qui utilise un petit appareil pour envoyer de faibles courants électriques qui brouillent le message de la douleur.
Quand faut-il envisager la chirurgie ?
L’intervention chirurgicale est réservée à des situations bien précises. Elle n’est jamais la première option, sauf en cas d’urgence.
On envisage une chirurgie de décompression si :
- La douleur est rebelle et insupportable malgré des mois de traitement médical bien conduit.
- Il y a une faiblesse musculaire progressive, qui montre que le nerf souffre de plus en plus.
- Il y a un syndrome de la queue de cheval (urgence absolue).
Seulement 5 à 15% des patients avec un syndrome radiculaire lombaire finissent par être opérés. La chirurgie permet un soulagement plus rapide de la douleur, mais les études montrent que les résultats à 1 ou 2 ans sont souvent équivalents à ceux du traitement conservateur.
Un conflit radiculaire est une compression d’une racine nerveuse, le plus souvent causée par une hernie discale. Le plus important est de poser un diagnostic précis pour comprendre la cause.
Heureusement, la grande majorité des cas s’améliorent avec des traitements non chirurgicaux comme les médicaments et la physiothérapie.
